Herculanum

La ville antique d’Herculanum se situe à 12 km au sud-est de Naples et à la même distance de Pompéi. Cette petite cité comptait environ 5000 habitants, soit quatre fois moins que Pompéi quand elle fut subitement dévastée en 79 ap. J.-C. par une coulée de boue et de lave du Vésuve.

Recouverte d’une couche de lave de 12 à 20 m d’épaisseur qui la préserve depuis deux millénaires, Herculanum ne fut que partiellement mise au jour depuis le 18e siècle, l’essentiel du site étant aujourd’hui recouvert par la ville moderne d’Ercolano, qui compte 55.000 habitants. Nettement moins étendue et fréquentée que Pompéi, sa visite est pourtant du plus grand intérêt, les vestiges étant également bien mieux conservés. Plus que d’arpenter des ruines antiques, J’ai eu l’impression de parcourir une ville abandonnée par ses habitants mais encore en relatif bon état, tout en sachant qu’elle est ainsi depuis près de 2000 ans…


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S’y rendre

Il est plutôt aisé de se rendre au site d’Herculanum depuis Naples, du moins en transports publics : il suffit d’emprunter un train du petit réseau Circumvesuviana, direction Sorrento ou Poggiomarino, et de descendre à Ercolano Scavi (moins de 20 mn de trajet), pour la modique somme de 2 € aller en 2017. De là, le site est à 500 m, il faut simplement descendre la via Veneto, la rue principale (face à la gare) vers la mer, l’entrée est juste dans l’axe. En voiture, galère assurée pour vous garer gratuitement ou stationnement payant et cher proche du site…

Après la visite du site, nous nous sommes délectés de bons gâteaux dans une pasticceria-gelateria de la via Veneto. Besoin de reprendre des forces, l’archéologie, ça creuse !

La via Veneto

 

Le site est ouvert tous les jours sauf quelques rares jours fériés de 8 h 30 à 17 h l’hiver, et jusqu’à 19 h 30 d’avril à septembre inclus. Il vous en coutera 11 €, ou 22 € pour un billet combiné valable (seulement) 3 jours avec Pompéi et trois villas (Boscoreale, Oplontis et Stabiae), ce qui est raisonnable vu l’intérêt indéniable du lieu, ou cher vu l’état actuel d’entretien et de préservation du site… Et oui, cela tombe en ruine !

Histoire

On raconte que la ville fut fondée par Hercule de retour d’Ibérie ! Mais on sait plus sûrement que la ville a été tracée sur le modèle de Cumes et de Néapolis (Naples) dont elle reprend le schéma urbain. Tout comme Pompéi et pour la même raison, la ville est très endommagée par le violent tremblement de terre de l’an 62, qui annonçait l’éruption cataclysmique qui se déroula 17 ans plus tard…

En l’an 79, l’ancêtre du Vésuve est un volcan de près de 3000 m, dont le dôme finit par exploser sous la pression du magma sous-jacent. Tandis que Pompéi est anéantie par des retombées de pierres ponces, Herculanum est subitement détruite la nuit suivante par une coulée de lave, qui figea la cité pour des siècles. Protégée par cette épaisse couche de pierre, les édifices sont restés préservés des infiltrations d’eau et des pillages. Contrairement à Pompéi où tout a brûlé, les villas conservent leurs boiseries noircies, il subsiste encore de nombreux éléments comme les poutres, les escaliers, du mobilier, en plus des fresques et mosaïques…

Jusqu’en 1980, les archéologues pensaient que la ville avait été largement abandonnée avant la coulée de lave fatale, mais cette année, un archéologue trouva lors du déblaiement des anciens hangars à bateaux plus de 300 squelettes. Ces habitants s’étaient réfugiés là avec quelques-uns de leurs biens précieux mais ont été surpris par la coulée de boue…

La visite

Plan d’Herculanum

La passerelle d’accès au site offre déjà une vue d’ensemble panoramique. On pénètre dans la cité antique par le cardo III. Si certaines villas se résument à des pans de murs plus ou moins en bon état, d’autres restent étonnement bien conservées, parfois avec leur mobilier et une large partie de la décoration murale. De même qu’à Pompéi, les éléments les plus fragiles ont toutefois pour beaucoup été transférés au musée archéologique de Naples, dont la visite est chaudement recommandée après la celle des sites antiques.

 

 

Vues globales du site depuis la passerelle d’accès

 

Il faut simplement flâner dans les rues et s’imaginer la vie à l’époque… voici quelques lieux à ne pas rater parmi les plus significatifs, tout en sachant que de nombreuses villas sont fermées à la visite (officiellement) pour restauration… ou plutôt faute de travail de consolidation et de personnel pour surveiller ! (pendant que bon nombres d’habitants sont au chômage, hum)

J’ai bien sûr été immédiatement été attirée par les nombreuses tavernes (thermopolia), dont certaines sont très bien conservées, mais malheureusement, on n’y sert plus de vin depuis près de deux millénaires… (et moi qui avais soif, snif !)

Rues, vue extérieures, tavernes…

 

Les maisons ou établissement publiques

Nous avons donc commencé notre visite par le Cardo III, avec notamment la superbe maison du squelette, ainsi nommée car des restes humains y furent retrouvés. Cette petite maison est dépourvue d’atrium ou de péristyle mais se démarque par la magnifique décoration du triclinium et d’une autre petite cour intérieure, avec de superbes nymphées (bassin recevant une source considérée comme sacrée) et de belles fresques et mosaïques. Ces termes (et non pas ces thermes) vous paraissent barbares ? Peu importe, retenez surtout que c’est beau et faites comme moi, ouvrez grand vos yeux !

 

Les thermes urbains sont plus modestes que ceux de Pompéi mais très bien conservés. Les thermes des femmes sont plus petits (pff, le sexisme ne date pas d’hier) mais les mieux conservés : la salle chaude est pourvue de banquettes de marbre et le vestiaire est orné d’une mosaïque à tritons et dauphins. Les thermes des hommes sont plus vastes mais la décoration a plus souffert. Au nord, le vestiaire est une belle salle voutée en berceau dotée de tablettes destinées à recevoir les vêtements.

 

Sur le Decumanus maximus (au nord du site), à l’angle du cardo III, on peut encore visiter le sacellum des prêtres d’Auguste, destiné au culte impérial. Un peu plus loin du même côté du Decumanus, la façade de la bottega ad Cucumas offre encore son enseigne peinte figurant quatre pichets et l’inscription « NOLA », une publicité pour un spectacle.

 

Sur le cardo IV, la maison de Neptune et Amphitrite a perdu une partie de sa façade au premier étage, dévoilant l’agencement intérieur. Il pourrait s’agir de la maison d’un marchand de vin vu ce qu’il subsiste de la décoration en façade. Au rez-de-chaussée, la boutique conserve encore son comptoir et ses amphores sur des étagères (mais vides, snif)… A l’intérieur, une petite cour ouvre sur un nymphée, orné de superbes mosaïques : une figure Neptune et Amphitrite (vous aviez deviné ?), d’autres représentent une scène de chasse, des coquillages, des masques, des guirlandes de feuillages et de fruits…

 

Juste à droite, la maison au mobilier carbonisé (fermée mais visible de l’entrée) a été nommée en raison des éléments brûlés mais restés en place.

En face, la maison au salon noir dispose autour d’un grand péristyle plutôt bien conservé, et fut ainsi nommée en hommage aux fresques de couleur noire retrouvées dans un grand salon. Original, même si je préfère les couleurs, c’est plus gai !

 

Sur le cardo V, deux boulangeries sont facilement identifiables : on y voit encore les meules et le four à pain… Ça y est, j’ai faim ! Quelle estomac sur pattes cette souris !

 

Je ne vais pas décrire ici chaque maison une par une, ce serait fastidieux et redondant car si sur place la visite se révèle intéressante, beaucoup de choses se ressemblent et le rendu n’est selon moi pas le même en photo. Voici donc une sélection des éléments qui m’ont marquée, sachant que beaucoup de maisons sont donc inaccessibles à la visite… On notera quand même la maison de l’Hermès de bronze, qui doit son nom à la statue de bronze qui y figure encore, la belle maison du relief de Télèphe, la maison de la Gemme, la maison au grand portail. Une des plus belles, la maison des Cerfs, étaient fermée pour cause de travaux de restauration… très déçus de ne pas la voir !

La maison du grand portail

 

Autres maisons

 

La porte Marine et les anciens hangars

Après la maison des Cerfs, redescendons par un tunnel vers la porte Marine et son aire sacrée, qui comme son nom l’indique donnait sur la mer, à l’époque plus proche des terres que maintenant. On y trouve une esplanade avec la statue (une copie, l’originale fut déplacée au musée archéologique de Naples) du citoyen Nonius Balbius. L’aire sacrée juste à côté comporte divers temples érigés à l’époque d’Auguste. On trouve aussi des thermes suburbains (le port se situait à l’extérieur de la ville), mais ceux-ci étaient également fermés… (et hop, une petite photo par la fenêtre !). Le plus déroutant réside surtout dans la découverte de dizaines de cadavres prisonniers de hangars… ces pauvres gens ont sans doute essayé de fuir en bateau, mais furent rattrapés par le temps… Cela laisse une impression étrange !

On peut ensuite remonter à travers une passerelle souterraine pour ressortir du site…

 

L’avis de la souris

Si la visite de Pompéi est incontournable, celle d’Herculanum est peut-être encore plus captivante : si le site est bien moins étendu, son meilleur état de conservation donne plus l’impression de visiter une cité brutalement abandonnée qu’une ville antique ruinée. Cette impression provoque même un certain malaise à la vue de tous ces squelettes en bas du site, sur l’ancienne plage. Finalement, pour avoir visité un certain nombre de villes antiques ruinées, on a du mal à réaliser ici l’ancienneté du lieu : Herculanum m’évoque plus la visite d’Oradour-sur-Glane, aussi brutalement détruite pour des raisons évidemment totalement différentes, mais dont on voit aujourd’hui les ruines bien conservées… Je déplore cependant l’impossibilité de visiter une bonne partie des maisons, notamment la villa des Papyrus, grande et réputée pour son intérêt, mais inaccessible depuis des années…

 

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