L’Opéra Garnier à Paris

Maquette de l'Opéra de Paris

Maquette de l’Opéra de Paris, musée d’Orsay.

L’Opéra Garnier à Paris, ou palais Garnier, est un des grands symboles de la ville et domine un carrefour animé conçu autour de lui. C’est un des plus vastes opéras du monde, et peut-être le plus beau, occupant une surface de onze hectares. Mais vu l’importance des dégagements, de l’immense scène qui peut accueillir 450 figurants et des espaces annexes, sa salle n’offre qu’environ 2000 places. Avec ses escaliers monumentaux, ses dorures, il symbolise les fastes du Second Empire. Bien sûr, l’univers des petits rats ne peut qu’attirer une petite souris… 😉

Un peu d’histoire…

Au milieu du XIXe siècle, l’opéra se situe rue Le Peletier et comporte un unique accès : échappant de peu à un attentat en 1858, Napoléon III décide alors d’édifier un nouvel opéra digne de sa capitale. Et c’est un architecte inconnu de 35 ans qui est choisi sur concours parmi les 171 en lice : Charles Garnier, qui laissa son nom à son œuvre. La première pierre est posée le 21 juillet 1862, mais avec la chute du régime lors de la guerre de 1870, les travaux ralentissent. Le précédent opéra disparaît dans un incendie tragique en 1873 : la construction reprend alors et s’accélère en conséquence, et l’ensemble est enfin achevé début 1875 après 14 ans de travaux… sous la IIIe république. Il est inauguré le 5 janvier par le président Mac-Mahon, et la petite histoire rappelle que Charles Garnier est contraint d’acheter une place pour assister à l’inauguration de sa propre réalisation, la République ne souhaitant en offrir une pour l’inauguration d’un édifice qu’elle n’a pas demandé !

L’opéra est conçu comme un lieu de splendeur et de fête. Mais son décor fastueux cache en réalité une architecture très fonctionnelle que l’on perçoit de l’extérieur (ou mieux encore grâce à la grande maquette exposée au musée d’Orsay, photo ci-contre), avec des piliers porteurs en fonte ou encore des gaines pour l’éclairage et le chauffage. Les dégagements (foyers et escaliers) sont démesurés, car c’est là que se déroulait en quelque sorte le spectacle, sous un régime où le cérémonial mondain était essentiel… Le style de l’édifice est unique en son genre. A la question de l’Impératrice Eugénie demandant à l’architecte quel était donc ce style, il répondit : « Madame, c’est du Napoléon III ! »

L’extérieur

La façade principale est dominée d’un attique bordé de masques antiques et surmonté de deux groupes en bronze doré représentant à droite l’harmonie et à gauche la poésie. Les avant-corps de la façade sont ornés de groupes sculptés : si trois sont très (trop) académiques, l’audacieuse et très vivante Danse de Carpeaux figurant des femmes nues souriantes scandalise lors de sa présentation en 1869 ! Cet ensemble aurait bien pu disparaître vu le tollé provoqué car Napoléon III était prêt à en commander une autre en remplacement. C’est la guerre de 1870 qui sauva la sculpture ! L’original est maintenant protégé à Orsay, il s’agit là d’une copie.

En s’éloignant, on aperçoit le dôme coiffant la salle de spectacle, et, en retrait, le fronton triangulaire indiquant la vaste scène. Les façades latérales comportent des pavillons semi-circulaires : celui de gauche est le pavillon de l’Empereur, auquel il pouvait accéder en calèche directement à l’étage de sa loge par une double rampe (souvenir de l’attentat de 1858 à l’opéra Le Peletier…) ; celui de droite est le pavillon des abonnés. L’ensemble impressionne par ses dimensions : 173 mètres de longueur, 125 mètres de largeur soit une surface de 11.237m² ! La statue d’Apollon à la lyre qui couronne l’édifice culmine à 73,60 mètres de hauteur.

L’intérieur

Le parcours de visite débute non par la façade, mais par le pavillon de l’Empereur, à gauche rue Auber. On accède alors à la rotonde des abonnés, située sous la salle de spectacles, puis au bassin de la Pythie. S’amorce alors l’ascension des spectaculaires escaliers constitués de marbres polychromes menant à l’avant-foyer et au grand foyer (côté place de l’Opéra), et en face, à la magnifique salle…

Au plafond de la rotonde des abonnés, on peut lire le nom de Charles Garnier dans l’entrelacs de lettres… ce qui n’était pas la coutume pour un architecte à l’époque ! Les habitués de la ligne 12 du métro à la station Saint-Lazare ne chercheront plus où la compagnie du « Nord-Sud » a puisé son inspiration pour sa salle de correspondances en rotonde… 😉

Le bassin de la Pythie, toujours vide, figure celle qui interprétait à Delphes les paroles du dieu Apollon… et laisse ici apparaître ses seins, ce qui choque à l’époque ! Elle représente la tragédie et la face cachée du théâtre.

On aborde alors l’ascension des escaliers. Remarquez les salamandres sur les rampes : elles cachent des jonctions de tuyauterie et symbolisent l’animal qui ne brûle pas… comme le nouvel opéra.

Le grand escalier

Le grand escalier à double révolution est conçu comme un théâtre mondain, ou on est présent pour voir et être vu, d’où la présence de nombreux balcons dans cette vaste nef de trente mètres de haut parée de marbres multicolores. En bas, deux allégories féminines tiennent des bouquets de lumière. Le palier central conduit à l’orchestre et aux baignoires par une porte monumentale gardée par deux cariatides de bronze doré (figurant la tragédie et la comédie). Les deux volées perpendiculaires conduisent au grand foyer.

Les marches sont assez espacées et peu élevées : car les dames étaient habillées de robes à corset ne permettant pas de réaliser de grands efforts et de trop lever les jambes, ce qui était d’ailleurs inconvenant car il ne fallait rien dévoiler de son corps. Elles grimpaient donc lentement leur bras tenu bien haut par Monsieur… ce qui permettait à tous d’admirer leurs robes et leurs bijoux ! (d’ailleurs mon copain devrait songer à passer chez Cartier juste à deux pas, je vaux bien cette « modeste » dépense… mais je m’égare)

Le plafond peint par Isidore Alexandre-Auguste Pils, montre quatre grandes fresques dont une montrant Apollon triomphant sur son char, l’autre Orphée charmant les animaux au son de la lyre… Aïe, je suis charmée, mais on risque quand même le torticolis à tout admirer ! Les deux autres fresques représentent la déesse grecque de la sagesse Minerve et la Ville de Paris sous les traits d’une femme recevant les plans du nouvel opéra.

La salle

La salle à l’italienne en forme de fer à cheval offre 2081 places, comporte cinq niveaux et est richement décorée d’or et de pourpre : elle présente un décor sculpté avec masques, cariatides au pied des colonnes cannelées et bestiaire sur les balcons et loges. Ce décor cache en réalité une vaste structure métallique. La lyre, symbole de l’Opéra, est très présente, comme dans d’autres parties de l’édifice. Le rideau de scène est surmonté de la date de 1669, qui est celle de… alors ? De la fondation de l’Académie royale de musique par Louis XIV.

Mais l’œil est également attiré par l’immense lustre en bronze et en cristal doté de 340 lumières, pesant pas moins de 8 tonnes, et par le fameux plafond peint de Marc Chagall et inauguré le 23 septembre 1964. Commandé par André Malraux, il cache le plafond d’origine (dont on peut admirer un exemple dans le petit musée) et illustre quatorze opéras et ballets célèbres. La vaste toile de Chagall est divisée en cinq parties de différentes couleurs : verte pour Berlioz et Wagner, jaune pour Tchaïkovski, bleue pour Mozart et Moussorgski, rouge pour Ravel et Stravinsky et blanche pour Debussy et Rameau. L’anneau central, au-dessus du lustre, est consacré à Bizet, Beethoven, Gluck et Verdi.

Les avis seront nuancés sur ce plafond : beau pour les uns, bien moins pour les autres… L’œuvre de Chagall est esthétique et poétique, mais le style et les couleurs vives tranchent sans doute un peu trop avec le reste du décor. Au-dessus de la salle, dans la coupole mais invisible du public, se situent trois salles de répétition établies sur deux niveaux.

Les loges ne sont pas conçues comme de simples espaces d’observation de la scène mais comme des lieux conviviaux, avec un rideau séparant les sièges d’un autre espace à l’arrière dédié au repos, au repas, à la discussion… Le théâtre est éclairé car on est là pour se faire voir, ce n’est qu’après la Belle Époque qu’on regarde un spectacle attentivement dans l’obscurité. En quelque sorte, on assiste au spectacle comme on regarde aujourd’hui la télévision : parfois avec intérêt, d’autres fois en simple bruit de fond, la seule différence étant de se faire remarquer à l’opéra, lieu de mondanité par excellence.

La scène

La scène est gigantesque : elle mesure 60 mètres de hauteur pour 48,5 de largeur et 27 de profondeur soit 1200 m², l’Art de triomphe de l’étoile y tiendrait en entier ! Son plancher est unique en son genre en Europe : il est incliné de 6 % en direction de la salle… A l’arrière de la scène se situe le foyer de la danse, qui permet aux danseuses de répéter avant et même pendant le spectacle. Il n’est visible qu’en certaines occasions lors de spectacles permettant de l’apercevoir.

Lors de ma visite, les galeries donnant accès aux loges présentaient des costumes de ballet et d’opéra. Mais au fait, le célèbre fantôme de l’Opéra ? Et bien il a sa loge, la n°5, à son nom…

Le salon du glacier

Non, on y vend pas des crèmes glacées (dommage !), mais il s’agit d’une rotonde située à droite de la salle, sur le flanc droit du bâtiment, décorée bien après son ouverture, durant la Belle Époque. On remarque sa différence en comparaison du décor Second Empire du reste de l’édifice. Le plafond du peintre Clairin (1843-1919) représente une ronde de bacchantes et de faunes. La galerie du glacier mène ensuite à l’avant-foyer et au foyer.

Le grand foyer

Le grand foyer, qui est une galerie de promenade des spectateurs… et de mondanités à l’étage noble, évoque les galeries des châteaux de la Renaissance, avec des dimensions impressionnantes (54 mètres de longueur pour 13 mètres de largeur et 18 de hauteur) accentuées par un astucieux jeu de miroirs à l’image de la galerie des glaces de Versailles, sa riche décoration. et ses immenses cheminées (fausses, on ne fait pas de feu dans un opéra vu les risques d’incendie !). La vaste fresque mythologique du plafond est l’œuvre de Paul Baudry (qui y consacra neuf années de sa vie !) et évoque la musique. Un des fresques montrant des spectateurs représente Charles Garnier, son épouse et Paul Baudry…

Les deux mascarons dorés situés sur les arcades à l’extrémité de la galerie représentent… eux-aussi Charles Garnier (en Hermès) et son épouse ! L’ensemble a été restauré en 2004, avec ses rideaux qui avaient malencontreusement brulé lors d’un incendie en 1928. Au milieu de la galerie, côté place, on remarque le buste de Charles Garnier réalisé par Carpeaux. Dernier détail : on trouve deux horloges au-dessus des cheminées : une indique l’heure (c’est original, hum), mais l’autre indique le jour, le mois et l’année ! Le grand foyer voyait se signer des contrats entre hommes d’affaires, d’où l’importance de ces indications…

Par des portes vitrées, on peut accéder à la loggia, qui offre à l’extérieur de belles perspectives sur la place et l’avenue de l’Opéra.

L’avant-foyer remet à l’honneur la mosaïque qui orne l’ensemble de la voute, un choix étonnant et novateur de Charles Garnier, car bien que très ancienne (voyez les belles mosaïques d’époque romaine), elle n’était pas encore exploitée en France à cette époque. A chacune de ses extrémités se situent les salons du soleil (à l’est) et de la lune (à l’ouest).

La bibliothèque-musée

Enfin la bibliothèque-musée, située dans la pavillon de l’Empereur, permet d’observer une partie de la riche bibliothèque, qui compte pas moins de 600.000 documents, et de voir des bijoux de scène, des maquettes de décors qui sont présentés par roulement, quelques toiles de Degas et la maquette du plafond peint originel de la salle par Jules-Eugène Lenepveu. Ici, pas de dorures : la décoration ne fut jamais achevée suite à la chute de l’Empire. La salle de lecture, qui occupe le salon de l’Empereur, est réservée aux chercheurs et n’est visible que lors des journées du patrimoine.

Le grand vestibule

Constituant l’entrée de l’Opéra sur la place… et la sortie pour le circuit de visite, le grand vestibule se situe sous le foyer et est décoré des statues des quatre compositeurs Rameau, Lulli, Gluck et Haendel. Vous rejoindrez ensuite la boutique…

Ce que vous ne verrez pas…

Et oui, la visite de l’Opéra ne vous permettra pas d’accéder à deux espaces opposés mais fascinants : sa toiture et son fameux lac !

Le mythique lac de l’Opéra évoqué par Gaston Leroux existe bel et bien mais n’en est pas un : en réalité, il s’agit simplement d’un bassin bétonné de 50 mètres sur 25 et trois de profondeur (soit 100.000m3 d’eau). Il est accessible par une simple trappe et permet de canaliser la nappe phréatique présente en ce lieu, de stabiliser l’édifice et de puiser de l’eau en cas d’incendie, précaution pas inutile quand on sait qu’un édifice de ce type brûle vite… Un machiniste a eu l’idée d’y élever des poissons…

Quant au toit, il accueille des ruches depuis les années 1980, placées par un machiniste apiculteur ! Toujours actives, les 50 kg de miel produits chaque année sont vendus à la boutique de l’Opéra… Les lecteurs qui ont vu « La grande vadrouille » (mais qui ne l’a pas encore vue ?) se souviendront inévitablement de ce film avec un Louis de Funès chef d’orchestre (ce qu’il était réellement) et de ses fameuses scènes tournées à l’Opéra…

Lot de consolation : saviez-vous que Google vous permet de visiter virtuellement l’édifice entier, y compris ces espaces cachés à la vue du public ? Et oui !

ça se passe ici !

S’y rendre

Rien de plus simple : descendez à la station Opéra située sur les lignes 3, 7, 8 ou à la station Auber du RER A ! Il est possible de visiter le bâtiment tous les jours de 10 h à 17 h (18 h de mi-juillet à fin août), dernier accès 30 minutes avant, à l’exception des jours de représentation en matinée (bien vérifier sur le site avant de s’y rendre, c’est ici). L’entrée se situe à l’angle des rues Scribe et Auber, sur le flanc gauche du bâtiment en regardant la façade.

Le tarif d’entrée n’est pas si donné : 11 € en 2016 avec relativement peu de réductions (billets combinés avec les musées d’Orsay ou Gustave-Moreau, jeunes de moins de 25 ans et abonnés) et encore moins de gratuité (enfants de moins de 12 ans, handicapés, chômeurs…). Précisions ici sur le site officiel.

Attention, l’Opéra est un lieu vivant : souvent la salle n’est pas visible ou pas éclairée en raison de répétitions (faire-vous préciser clairement si elle est accessible à la billetterie), certains espaces (comme les foyers) accueillent des repas et ne sont ponctuellement pas accessibles, bref, il nous aura fallu deux visites pour en faire le tour en voyant tous les espaces accessibles au public !

 

Si vous aimez les beaux opéras, découvrez également celui de Lviv en Ukraine, basé sur le même modèle !

 

3 Responses to L’Opéra Garnier à Paris

  1. JPD dit :

    Ne cherchez pas, vous ne trouverez pas mieux. Ceci est la plus belle visite du palais Garnier que j’aie vue sur le net, si l’on excepte quelques petits animaux qui traînent de-ci de-là…

  2. Etienne56 dit :

    Chère Miranda,

    Merci pour cette belle visite du Palais Garnier c’est un vrai bonheur.

    J’ajouterais que si vous avez la chance d’assister à un ballet, c’est encore un moment extraordinaire, chance que j’ai eu en assistant à Gisèle, au Lac des Cygnes et à la Bayadère (des chefs d’œuvre), la magie du grand escalier brillant de mille feux, le grand foyer, la loggia et les lumières nocturnes de Paris, et la salle quand la lumière s’éteint, pour que brillent les danseurs étoiles et que la musique commence…

  3. Nora dit :

    Merci pour cette très belle page !

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