Art nouveau à Istanbul autour de l’avenue Istiklal

Immeuble Art nouveau sur l’avenue Istiklal

L’Art nouveau n’est pas forcément ce que l’on s’attend à trouver à Istanbul ! Et pourtant, un quartier entier comporte de beaux exemples d’architecture du début du XXe siècle !

Il s’agit de l’ancien quartier de Péra, désormais intégré au district de Beyoğlu, au nord de la Corne d’Or, en face d’Eminönü. « Pera » signifie « au-delà » en grec. Il s’agissait du lieu de résidence des étrangers.

D’abord des Génois qui aidèrent à la reconquête de Constantinople après l’invasion latine au milieu du XIIIe siècle, et qui y édifièrent la fameuse tour de Galata, puis ensuite de nombreux occidentaux venus commercer dans la ville à l’époque ottomane.

On y trouvait notamment la plupart des ambassades européennes, désormais reconverties en simples consulats depuis le déplacement de la capitale à Ankara, et de beaux hôtels de luxe. L’avenue Istiklal correspondait à l’axe principal de ce quartier situé principalement sur les hauteurs.


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Pour vous y rendre depuis le « centre » d’Istanbul (ce quartier est souvent considéré comme un second centre-ville) vous pouvez emprunter la ligne 1 du tramway à Sultanahmet et soit descendre à Karaköy et prendre le Tünel (petit métro en pente) qui amène au début de l’avenue Istiklal, soit continuer jusqu’à Kabataş et grimper en funiculaire jusqu’à la place Taksim. Une ligne de métro dessert aussi la place Takasim et l’avenue Istiklal.

L’avenue Istiklal

Istiklal Caddesi en turc ou « avenue de l’indépendance » version traduite, anciennement « Grand-rue de Péra », constitue l’axe principal de ce vieux quartier très occidental. Située sur les hauteurs, elle relie en 1400 m la place Taksim à la place Tünel (d’où part le petit métro souterrain du même nom, permettant de rejoindre les quais de Karaköy).

Aujourd’hui l’animation y bat son plein jour et nuit (mais encore plus en soirée !) et les boutiques de luxe du début du XXe siècle ont laissé place aux grandes enseignes nationales ou internationales ainsi qu’à des établissements plus populaires.

C’est ici que sortent les Stambouliotes de la classe moyenne (les riches ont leurs quartiers, plus huppés). Les boutiques y ferment entre 22 h et minuit, ça change de chez nous !

C’est aussi là que l’on peut manger comme le font les locaux, dans des lokantassi, sortes de cafétérias (mais pas de surgelés normalement) à un prix modique. En flânant dans la rue on se croirait plutôt dans une rue piétonne d’un pays d’Europe centrale ou orientale tant l’architecture fin XIXe début XXe siècle rappelle celle que l’on retrouve là-bas (pour avoir visité plusieurs pays de cette partie de l’Europe, je connais bien !). On y trouve donc bon nombre d’immeubles Art nouveau ou s’en rapprochant ! Malheureusement pas toujours en bon état…

On retrouve également les anciennes ambassades devenues consulats, mais parfois plutôt bien cachées et ne donnant pas directement sur rue ! Au milieu de l’avenue se situe le grand lycée de Galatasaray, mais on ne peut pas y entrer… Heureusement que nous avons pu en admirer l’architecture en maquette au parc Miniatürk ! Les amateurs de transports historiques seront servis, un vieux tramway parcourt l’avenue, par ailleurs entièrement piétonne.

Les passages couverts de l’avenue Istiklal

On trouve sur l’avenue Istiklal plusieurs passages couverts, inspirés par ceux de Paris, à la mode à l’époque. On y trouve encore des boutiques ou pour certains des restaurants…

L’ancienne pâtisserie Markiz

Nous sommes passés devant cette ancienne pâtisserie désormais devenue restaurant (le « Yemek Kulübü« ) après avoir été magasin d’électronique. Un panneau à l’entrée nous en explique son histoire : la pâtisserie devait son nom aux chocolats français « la marquise de Sévigné ».

On y trouve deux panneaux de céramique de la compagnie française Boulanger & Cie (!), inspirés par les peintures de J.A. Arnoux le printemps et l‘automne. Il devait à l’origine y avoir quatre panneaux (un pour chaque saison) mais les deux derniers furent probablement perdus ou brisés lors du transport… Nous n’avons pas résisté à la tentation d’y manger même si ce ne fut pas notre meilleur repas…

La basilique Saint-Antoine-de-Padoue

Ce quartier étant anciennement peuplé d’Occidentaux, on y érigea plus d’églises que de mosquées ! Il ne fallait cependant pas que les lieux de culte non musulman aient leurs entrées directement sur la rue.

C’est ainsi que sur l’avenue Istiklal on trouve notamment l’église catholique Saint-Antoine-de-Padoue, édifiée en 1913 en style néo-gothique, légèrement en retrait de la rue. Deux immeubles du mêmes style (gothique vénitien) forment une arche sur la rue et signalent la présence de l’église. L’Église catholique y louait deux appartements, c’est qu’ils étaient de bons gestionnaires les curés !

Les alentours de l’avenue Istiklal

Nous avons flâné dans les rues alentour, elles aussi intéressantes, avec également quelques beaux immeubles Art nouveau ou aux décrochements de façades… Ici pas mal de restos ou bars, cafés… À noter que l’alcool n’est jamais si donné par rapport au reste ! Malheureusement impossible de consulter une carte sans se faire sauter dessus par le personnel de l’établissement ! Nous nous sommes donc contentés des lokantassi de l’avenue Istiklal. C’est là aussi que se tient un marché aux poissons (permanent) et qu’on trouve bon nombre de petites boutiques.

La place Taksim et ses alentours

Tout au bout de l’avenue Istiklal, en hauteur, cette grande place piétonne est un des grand lieu d’animation de la ville ainsi que l’endroit où se croisent plusieurs lignes de transport (métro, funiculaire, vieux tram, nombreuses lignes de bus…). Là encore en y débarquant cela nous a plus évoqué une place d’Europe de l’Est, avec quelques beaux bâtiments début XXe siècle et d’autres plus modernes (et moches selon nous, mais chacun ses goûts !).

On y trouve de grandes chaînes d’hôtels internationales, un centre culturel et un opéra (moderne). L’élément notable est le monument de la République, groupe sculpté et œuvre de l’italien Canonica. Nous avons descendu un boulevard partant de la place en nous dirigeant vers les bords du Bosphore et avons retrouvé cette ambiance très « Mitteleuropa » avec de beaux immeubles plus ou moins restaurés…

L’église orthodoxe grecque de la Sainte-Trinité

De la place Taksim, difficile de ne pas apercevoir le dôme et les clochers de l’église orthodoxe grecque de la Sainte-Trinité, de la fin du XIXe siècle, située sur une petite rue derrière. Nous avons pu la visiter (photos normalement interdites comme souvent chez les orthodoxes) et admirer sa jolie décoration.

Les « Petits Champs »

Le quartier des Petits Champs ou Tepebaşi en turc est situé non loin de l’avenue Istiklal et constituait l’endroit à la mode au début du XXe siècle. On retrouve la plupart des bâtiments intéressants sur le boulevard Meşrutiyet, notamment le célèbre Pera Palace, premier hôtel de luxe de la ville, où résidèrent des personnages célèbres comme Atatürk et Agatha Christie (leurs chambres se visitent), le Grand Hôtel de Londres, le Bristol… Le musée de Péra a ouvert il y a quelques années.

Le quartier a néanmoins perdu de son lustre d’antan mais reste agréable à parcourir, à travers de ses petites rues tranquilles bordées de cafés et salons de thé à l’occidentale (là encore tout nous évoque plutôt l’Europe centrale…). Plus haut la vue sur Istanbul est magnifique (plus de photos dans l’article sur la Corne d’Or).

En descendant vers Karaköy

Dans la descente (ou la montée, mais on vous conseille plutôt d’effectuer ce parcours en descendant, c’est mieux pour les pattes) on retrouve aussi de beaux exemples de l’architecture « début de siècle » ou Art nouveau, notamment l’escalier de Camondo (du banquier du même nom) et une fontaine tirant sur la Sécession viennoise. Les quais de Karaköy comporte également de beaux immeubles dans le genre.

Le quartier Tarlabaşi

Pas touristique pour deux sous, c’est pourtant là que nous avions trouvé notre studio sur Airbnb, en contrebas du boulevard Tarlabaşi. Nous n’avons pas exploré tout le quartier mais surtout notre rue, Ömer Ayyan Caddesi, et celles alentours. Ici aussi l’aspect est très « occidental » avec des couleurs pastel et de jolis décrochements de façades. Le quartier est tout en pente (ça grimpe dur en remontant vers Istiklal…) nous rappelant un peu la configuration de Lisbonne (et les mêmes façades dégradées, on ne va pas se mentir…).

Tous les dimanches matin se tient un marché dans les rues étroites (et donc pentues) dont nous avons pu faire le tour : fruits, légumes (bof), fromage (miam !) mais aussi foulards, sous-vêtements… à des prix défiant toute concurrence ! Quel dommage de ne pas pouvoir ramener tout ça en avion… Le quartier abrite une population plutôt pauvre et en partie immigrée, et traine une mauvaise réputation, mais nous ne nous y sommes pas sentis en insécurité, moins que dans certains quartiers parisiens ou banlieues franciliennes…

En bref nous avons pris plaisir à découvrir ce quartier, parfois touristique et animé, parfois plus tranquille, et ne regrettons pas d’avoir logé par là. Un véritable bonheur pour les amoureux d’architecture de cette période ! Et vous, êtes-vous intéressés par la découverte du quartier ?

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