Le cimetière des Fontanelle à Naples et le quartier de Materdei

Naples panneau annonçant le cimetière des fontanelleLe cimetière des Fontanelle demeure une des plus grandes curiosités de Naples !

Ici, rien à voir avec un cimetière classique où des sépultures sont disposées dans un grand espace ouvert. Non, il s’agit en fait d’un ossuaire creusé dans une colline de tuf, ce qui rend la visite à la fois curieuse et exceptionnelle !

Pour moi, à ne pas manquer lors d’un séjour à Naples !

 


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Se rendre au cimetière des Fontanelle

La solution la plus simple consiste à emprunter la ligne 1 du métro de Naples et descendre à la station Materdei.

La station de métro Materdei

Nous avons donc eu le plaisir découvrir cette station plutôt originale ! Elle fait partie des « stations d’art » du métro de Naples. Inaugurée en 2003, elle arbore donc un look moderne très intéressant, et je dois dire que j’ai beaucoup apprécié !

J’aime découvrir de belles stations de métro ! À Naples, ils ont mis les moyens ! (même si on aimerait que le prolongement de la ligne avance un peu plus vite…)

 

Le quartier Materdei

Avant de redescendre en direction du cimetière des Fontanelle, jetons un petit coup d’œil au quartier Materdei, autour de la station de métro du même nom.

Ici, c’est plutôt résidentiel et globalement entretenu. Rien à voir avec ce qui nous attend plus bas… L’art contemporain est très présent, et dans ce cas, ce ne fut pas pour nous déplaire ! D’ailleurs, en tant que souris anciennement Niçoise, cela m’a rappelé quelques quartiers de ma ville…

 

Aux alentours du cimetière des Fontanelle

Le plus simple pour rejoindre le cimetière est de descendre les escaliers qui mènent vers la via Bartolomeo Caracciolo Detto Carafa puis rejoindre la via Fontanelle. Une fois n’est pas coutume, tout est fléché, dur de se perdre !

L’aspect du quartier tranche avec ce que nous avons vu plus haut. Ici, nous trouvons surtout des petits immeubles ou maisons, mais en moins bon état !

Pas de boutiques ni de cafés, mais des garages et des parkings (comme partout en ville, jamais ailleurs je n’en ai vus autant !), des autels de rue… Balade assez spéciale mais pas déplaisante ! Dommage que le beau temps n’ait pas été au rendez-vous… Par contre comme ailleurs, vous côtoierez les scooters ou autres deux roues malodorants sur votre chemin…

 

Le cimetière des Fontanelle

Nous y voilà donc ! Mais avant de pénétrer dans ce lieu aussi unique qu’étrange, quelques explications !

Histoire du cimetière des Fontanelle

Naples entrée du cimetière des fontanelle

entrée du cimetière des Fontanelle

L’origine du cimetière remonte donc à cette colline de tuf, exploitée par les Napolitains au XVIIe siècle. Ces derniers créèrent donc des cavités qui devinrent idéales pour abriter un cimetière.

L’histoire du cimetière s’ordonne surtout autour de trois périodes :

1) La grande épidémie de peste de 1656

Elle terrassa entre 250 et 300.000 victimes, soit les 2/3 de la population de la ville ! Les cimetières paroissiaux affichant vite complet, il fut alors décidé d’enterrer les cadavres aux Fontanelle, faute de place dans la ville, et devant l’urgence de la situation. Des croque-morts venaient la nuit récupérer les cadavres dans les cimetières des églises, les familles s’opposant généralement à cette situation.

Pour l’anecdote, les pauvres corps étaient tellement mal inhumés que les pluies torrentielles dévalant les collines en cas de gros orages emmenaient avec elles des morceaux de cadavres, sous les yeux horrifiés des habitants ! J’imagine la scène… oui, c’est un peu glauque quand même, on comprend mieux pourquoi la mort était si présente dans la vie des Napolitains…

2) L’épidémie de choléra de 1837

Après la peste, le choléra ! On peut dire que l’histoire de Naples n’est pas très joyeuse en effet… Même principe, on enterre aux Fontanelle les victimes. D’ailleurs, le lieu servait déjà de cimetière pour les plus démunis, ne pouvant s’offrir une sépulture décente. Même devant la mort, il n’y a pas d’égalité…

Cette même année, il fut également décidé de vider tous les cimetières attenant aux églises et de transférer les ossements restants aux Fontanelle. Bref, le cimetière des Fontanelle, c’était un peu le grand dépotoir à cadavres. Il y en aurait eu jusqu’à 8 millions !! (source : Manuale di napoletanita, 2010). Paris avait d’ailleurs initié ce mouvement dès le 18e siècle en déplaçant les ossements de tous les cimetières dans ses catacombes.

3) Aménagement du père Gaetano Barbati en 1872

Ce prêtre décida de « nettoyer » les lieux et tout ré-organiser, aidé en cela par les femmes du quartier. C’est ainsi que le cimetière prit la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. Les tibias et les crânes furent alignés et des allées furent créées pour une meilleure circulation. Ouf, on respire ! J’ai du mal à imaginer comment cela pouvait être avant… tout simplement atroce sans doute. Il y fait également aménager une chapelle, aujourd’hui dé-consacrée.

Le culte des âmes du purgatoire : « Adopte un crâne » !

crânes et offrandes dans le cimetière des Fontanelle de NaplesCes pauvres victimes n’ayant donc pas de sépultures décentes, elles furent considérées comme des « âmes du purgatoire », condamnées à errer dans l’au-delà.

Afin de les soulager et des les aider à trouver la paix, les Napolitains prirent l’habitude d’adopter un crâne, ou un os, de lui apporter des offrandes, et de faire un vœu. Les restes de ces malheureux furent donc considérés comme des ex-voto !

L’Église se montra contre ces pratiques superstitieuses et fit fermer le cimetière au début des années 1970. Il fallut attendre 2010 pour qu’il rouvre enfin, et devienne visitable, les habitants du quartier ayant grandement milité pour.

 

La visite du cimetière des Fontanelle

Naples cimetière des FontanelleAujourd’hui le cimetière est ouvert tous les jours de 9 h 30 à 17 h (dernière entrée 30 mn avant) et sa visite est gratuite. On ne s’y balade donc pas comme dans un cimetière à ciel ouvert, ici, on visite surtout un ossuaire assez particulier…

Les aménagement du père Barbati ne furent pas laissés au hasard ! On retrouve trois rangées bien distinctes :

  • La rangée de gauche, « allée des curés » abrite les ossements provenant des églises de la ville.
  • Celle du centre, « l’allée des pestiférés », abrite les restes des victimes des diverses épidémies.
  • Enfin, dans celle de droite, « l’allée des anime pezzantelle » ou « des âmes pauvres » on retrouve les ossements des personnes trop pauvres pour s’offrir une meilleure sépulture.

Pour l’anecdote, c’est au fond de « l’allée des curés » qui se réunirait la Camorra (la mafia locale pour les incultes) pour pratiquer certains rites… En tout cas, je n’ai rien vu, mais il valait peut-être mieux pour moi, hum…

Dans tous les cas, gardez en mémoire que ce qui s’offre à vos yeux n’est qu’une infime partie des ossements présents dans le cimetière. Où se trouve le reste alors ? Et bien… sous vous pieds, jusqu’à 40 m sous terre ! Oui, ça fait beaucoup…

 

Ce qui est intéressant bien sûr est de retrouver les offrandes faites par les Napolitains à « leur » crâne. On y voit vraiment de tout… des cigarettes, des cartes à gratter, des jouets pour enfants, bijoux…

Et oui, cette tradition se perpétue même de nos jours, les habitants de la ville demeurant superstitieux. Ici, le monde des vivants et celui des morts est inextricablement lié…

 

Vous verrez également les restes de l’ancienne chapelle, qui n’est désormais plus ouverte au culte.

 

La légende du crâne du capitaine

crâne du capitaine dans le cimetière fontanelleAu fond de l’allée des « âmes des pauvres », ne manquez pas le crâne du capitaine, signalé par un panneau. Sa présence est auréolée de légende : on raconte qu’il s’agit du crâne d’un jeune homme du quartier, coureur de jupons, qui aimait donner rendez-vous à ses conquêtes dans le cimetière (drôle d’idée…).

Un jour, les orbites d’un autre crâne s’éclairèrent en signe de désapprobation lorsque le jeune homme alluma une cigarette. Pas superstitieux du tout, il rit et invita le mort à son mariage !

Le jour J, un étrange carabinier vêtu de noir fit en effet son apparition, prit les mariés à part et se présenta comme le fameux mort. Le capitaine rit et le ne le crut pas. Il finit foudroyé !

Ce crâne nous rappelle la nécessité de garder une distance raisonnable entre le monde des vivants et celui des morts. Il faut être respectueux mais pas trop proche, sinon gare ! Vous êtres prévenus…

En tout cas, je remercie les auteurs du livre Naples insolite et secrète de m’avoir éclairée sur ce lieu, trouvant finalement peu de détails ailleurs !

J’espère que la visite vous aura intéressés. Dans tous les cas, silence et respect sont de mise, et si l’on vient ici par curiosité, cela n’en demeure pas moins un lieu de recueillement. Pour ma part, je ne vois rien de glauque là-dedans et j’ai vraiment apprécié cette découverte originale qui fait avant tout partie de l’histoire mouvementée de la ville, de sa culture, ses traditions…

Non loin de là, ne manquez pas le quartier de Sanità et les catacombes de San Gaudioso

Ou grimpez découvrir les catacombes de San Gennaro

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