Visite du château de Pierrefonds

château de PierrefondsLe château de Pierrefonds se situe à l’orée de la forêt de Compiègne, à l’est du département de l’Oise, à 80 km au nord-est de Paris.

Cette forteresse médiévale ruinée a été fortement restaurée (ou reconstruite ?) par Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879), le célèbre architecte médiéviste de Napoléon III à partir de 1858 à la demande même de l’Empereur qui séjourne alors chaque année durant l’automne au palais de Compiègne voisin.

Si cette réinvention d’un château médiéval idéal demeure controversée, sa silhouette fantastique en a fait un lieu idéal de tournage de films et séries, et attire les petites souris fan de films de cape et d’épée et de princesses dans leur château !


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Se rendre à Pierrefonds

En voiture, il suffit d’emprunter l’autoroute du Nord (A 1) puis l’A 104 peu avant Roissy-Charles-de-Gaulle et enfin la N 2 à 2 x 2 voies en direction de Soissons. Sortir en direction de Crépy-en-Valois, petite ville qu’il faut traverser en direction de Pierrefonds (et c’est médiocrement indiqué, bonne carte ou GPS recommandé). Encore 15 km de route campagnarde à travers les jolis paysages de la vallée de l’Automne et du Valois et vous apercevez la masse imposante du château qui domine le bourg !

En transports publics, c’est compliqué et à la limite de l’impossible ! Seule une maigre desserte bus scolaire existe depuis la gare de Compiègne (à 40 mn de Paris-Nord), peu adaptée aux horaires de visites touristiques. La ligne (n°27) ne fonctionne que les mercredis et samedis durant les vacances estivales, et durant l’année, aucun bus ne circule les dimanches et fêtes. Pour les téméraires, voici la fiche horaire. Bref, bon courage !

Infos pratiques

Tarifs

Le tarif d’entrée du château de Pierrefonds est de 8 € en 2018 (en 2016 c’était 50 ct de moins!), avec toutes les gratuités habituelles des monuments nationaux : jeunes jusqu’à 26 ans, chômeurs, enseignants, handicapés, etc.

Horaires

Le château est ouvert de 10 h à 17 h 30 de début septembre à fin avril, et de 9 h 30 à 18 h de début mai à début septembre. Avant de vous y rendre, vérifiez les horaires sur le site officiel, d’autant que des périodes de fermeture sont prévues pour travaux en 2018.

Histoire du château de Pierrefonds

Bon, je tente Château de Pierrefondsde faire court (mais si), car une célèbre encyclopédie en ligne vous explique déjà tout ça en détail, juste pour comprendre pourquoi ce château existe ici et comment nous en sommes arrivés à l’étonnant résultat actuel.

Un château, dont on ne sait pas grand chose, existe en ce lieu dès le XIe siècle, mais c’est en 1397, en pleine Guerre de Cent Ans, que le régent Louis d’Orléans, qui dirige un temps la France suite à la folie de son frère le roi Charles VI, décide de construire le château actuel.

Il permet d’assurer, avec d’autres réalisations telles que Coucy et La Ferté-Milon, la défense du duché de Valois et le contrôle de la route de Flandre. Elle permet surtout de couper les communications entre les territoires de son oncle et rival, le duc de Bourgogne… Mais Louis d’Orléans est assassiné en 1407 par les hommes de Jean sans Peur… La puissante forteresse résiste vaillamment aux assauts anglais et bourguignons.

Deux siècles plus tard, il appartient à Antoine d’Estrées, le père de Gabrielle, célèbre maîtresse d’Henri IV. Le roi a en effet racheté le château et lui en a confié la garde. Mais le fils d’Antoine soutient la Fronde du Grand Condé, mauvais choix politique ! Les troupes de Louis XIII prennent le château, qui est démantelé en 1617, comme beaucoup d’autres à cette époque, sur ordre du roi. Ne restent plus que des ruines impressionnantes et romantiques, que Napoléon fait acquérir par l’État en 1810. Plusieurs peintres, dont Corot, immortalisent le château à cette époque.

maquette château de PierrefondsMais c’est en 1857 que son destin va se jouer : Napoléon III et l’Impératrice Eugénie séjournent chaque automne au proche palais de Compiègne lors des célèbres « séries », et découvrent les ruines du château à l’orée de la forêt. Rapidement séduite, Eugénie encourage Napoléon à faire restaurer les lieux pour en faire une résidence impériale secondaire.

C’est le célèbre architecte de l’Empereur qui est choisi, Eugène Viollet-le-Duc, homme d’une immense culture qui travaille déjà à de nombreux autres projets de restauration comme la basilique de Saint-Denis, celle de Vézelay, les remparts de Carcassonne et Notre-Dame de Paris.

Si le château de Pierrefonds ne devient finalement pas une résidence et est ouvert au public dès 1867 en tant que musée de l’art médiéval, il est totalement reconstruit et son décor disparu entièrement réinventé. Bref, ce qu’on voit aujourd’hui est un savant mélange d’éléments d’origine et de reconstruction du XIXe siècle, avec des ajouts issus de l’imagination de l’architecte, qui n’existaient pas initialement, mais toutefois respectueux de l’art médiéval.

Après la mort de Viollet-le-Duc en 1879, c’est son gendre Ouradou qui poursuit les travaux jusqu’en 1885, qui ne seront toutefois jamais pleinement achevés. C’est pour cette raison que certaines salles ne sont pas décorées et que le mobilier prévu n’a été que très partiellement réalisé.

Eugénie restera attachée au château, puisque après la chute de l’Empire en 1870, elle voyagera incognito à travers l’Europe sous le nom de comtesse de Pierrefonds…

La visite du château

Dix minutes de grimpette depuis le parking (gratuit) permettent de remonter la route charretière et de remarquer les huit tours défensives, massives et toutes différentes. Hautes de 38 m, leurs murs atteignent 6 m d’épaisseur ! Elles sont ornées de statues de preux, des chevaliers dont elles portent les noms. Long de 103 m et large de 88, le château domine à pic le village de Pierrefonds.

Après l’avant-cour ou grandes lices, on pénètre dans la cour d’honneur du château par un châtelet, pure création de Violet-le-Duc, puis un double pont-levis. Un aspect saute aux yeux : contrairement à l’aspect extérieur sévère, les façades sur cour annoncent déjà la Renaissance par leur raffinement, même si celles-ci furent largement remaniées par Viollet-le-Duc.

Il faut prendre un instant pour les observer : on y voit des dizaines d’animaux fantastiques (comme moi tiens !) réinterprétés par Viollet-le-Duc. Mais un détail que j’ai moins apprécié, ce sont les 32 chats différents ornant les fenêtres hautes !

Les casernements et la chapelle

Après être passé par la caisse à gauche de l’entrée, on arpente une longue galerie extérieure dotée d’arcades en anse de panier. Il faut admirer au passage le beau décor sculpté sur les chapiteaux et les clefs de voûtes qui représente des scènes du Roman de Renart et un bestiaire fantastique.

Il faut se rendre en face pour parcourir les casernements, devenus des salles d’exposition : à gauche dans la cour présentation de Viollet-le-Duc, photos des ruines du château avant les travaux, dessins de l’architecte pour la reconstruction…

Les salles suivantes à droite, accessibles par l’escalier monumental derrière la statue équestre de Louis d’Orléans, évoquent les réalisations des ateliers Monduit, fabricant de plomberie d’art. On peut y voir non des copies mais des doublons d’époque de célèbres réalisations, comme les gargouilles de Notre-Dame de Paris ou le lion-girouette du beffroi d’Arras, créées afin d’être présentés lors des Expositions universelles.

Des expos temporaires sont également présentées dans ces salles. Lors de notre passage, le thème était les lanternes magiques, avec une ambiance fantastique !

On entre ensuite dans la jolie chapelle, reconstruite sur son emplacement d’origine et qui présente deux particularités : sa tribune au-dessus du cœur, encore une pure invention de Viollet-le-Duc, et à l’extérieur la statue centrale du portail… où l’architecte s’est « modestement » représenté en saint Jacques le Majeur ! Il est entouré de Louis d’Orléans et de sa femme Valentine Visconti de Milan. La tribune seigneuriale, au-dessus de l’entrée, communique avec le donjon.

Le logis au donjon

Entre l’entrée du château et la chapelle se situe le logis au donjon. Celui-ci, de plan rectangulaire, est ceint de trois tours, deux extérieures et une intérieure de plan carré, qui cache la petite cour des provisions, à laquelle on peut accéder depuis la cour d’honneur par une poterne. Une autre poterne, dans la muraille, permettait de hisser les provisions (du vin, du fromage ?) depuis l’extérieur.

Par un escalier en colimaçon, on accède au premier étage. On pénètre dans la salle des blasons ou salon de réception, au décor néo-gothique typique du XIXe siècle, qui possède quelques rares meubles dessinés par Viollet-le-Duc de même que les boiseries. On notera la cheminée monumentale et la frise qui figure des feuillages… l’Art nouveau avec trente ans d’avance !

On pénètre ensuite dans la salle des plâtres ou des expositions temporaires : lors de notre passage une exposition était consacrée aux dessins du bestiaire fantastique de Viollet-le-Duc. On parcourt ensuite successivement le cabinet de travail, avec ses magnifiques lambris, ses toilettes d’époque avec chasse d’eau (!) et les abeilles impériales qui ornent la cheminée, puis la chambre du seigneur ou de l’Empereur, située dans la tour Jules-César, qui n’a jamais servi à Napoléon III et dont la frise figure la vie d’un chevalier au XIVe siècle. La chambre de l’Impératrice ne se découvre que lors d’une visite conférence, dommage…

Les pièces d’apparat

Un passage au dessus du pont-levis permet de quitter le donjon et mène ensuite à la salle des armes de poing, antichambre dans laquelle l’Empereur exposait sa collection personnelle, puis à l’impressionnante salle de bal ou salle des Preuses. Longue de 52 mètres et large de 9 mètres, elle est inspirée de celle du château de Coucy (dans l’Aisne) et recouverte d’un plafond en forme de carène de navire renversée.

salle des Preuses du château de Pierrefonds

salle des Preuses

Outre la richesse du décor, on remarque l’énorme cheminée à double foyer située dans l’axe de la salle : elle est surmontée de neuf statues de preuses, des héroïnes de romans de chevalerie. Celle du centre présente Sémiramis, la reine assyrienne, sous les traits de l’Impératrice Eugénie, les autres celles de ses dames de cour !

La statue dépourvue de couronne est celle… de la confidente de l’Impératrice… A l’époque, le public venait admirer la collection d’armures de l’Empereur, aujourd’hui abritées au musée de l’Armée à Paris.

Par une porte au centre de la salle, on accède à la tour Alexandre et au chemin de ronde nord, qui offre de belles vues sur Pierrefonds. Viollet-le-Duc a restitué un chemin de ronde doté des derniers progrès de la défense avant l’ère du canon, avec un cheminement à niveau sans chicanes ou portes étroites permettant un déplacement rapide. On remarquera les deux chemins de ronde superposés : un extérieur crénelé, et un intérieur sur mâchicoulis couvert.

Un escalier à double vis (ou double révolution) permet de descendre à la salle des Gardes ou salle des Mercenaires, située sous la salle des Preuses. On y voit des fragments lapidaires provenant du château, comme les anciennes statues des tours, et une étonnante maquette du château, réalisée pour l’Exposition universelle de 1878 et pesant pas moins de 4,5 tonnes !

Les caves

Il est dorénavant possible d’apercevoir le niveau supérieur des souterrains, dans lesquels ont été installées des copies de gisants (sculptures funéraires) de la basilique de Saint-Denis, commandées par le roi Louis-Philippe et provenant du château de Versailles. L’ensemble est mis en scène par des jeux de lumière et des poèmes murmurés, « le bal des gisants ».

Mais ne souhaitant pas finir aux oubliettes, j’ai préféré passer mon chemin n’étant pas rassurée, surtout observée par tous ces chats dans la cour, brrrr ! Bon, d’accord, restons crédibles : étant une souris évidemment courageuse (qui en doute vu mes destinations de voyage aventureuses ?), c’est surtout que l’accès en a été fermé un peu trop tôt avant la fermeture du château ce qui ne m’a pas permis de les voir ! Et zut ! Allez, ça me donnera l’occasion d’approfondir cet article lors d’une prochaine visite… car je reviendrai.

Le village de Pierrefonds

PierrefondsAprès la visite du château de Pierrefonds, celle du village est également intéressante, d’autant qu’elle est rapide. Pierrefonds devint une petite station thermale à la mode à la fin du XIXe siècle, avec son établissement thermal au bord d’un petit lac avec ses nénuphars et ses canards, et où on peut faire du pédalo. Une gare a même desservi les lieux, mais la ligne ferroviaire a malheureusement disparu depuis.

Quelques maisons du bourg sont typiques de cette période avec leur ornementation spectaculaire, à vous de les dénicher ! L’église Saint-Sulpice, datant du XIe siècle mais largement remaniée ensuite, est également à découvrir, mais encore faudrait-il qu’elle soit ouverte.

Les randonneurs ou cyclotouristes iront se balader dans la magnifique forêt voisine, une des plus belles de France avec ses futaies centenaires.

L’avis de la souris

Toute souris romantique ne peut qu’aimer ce château de conte de fée qui inspira le roi Louis II de Bavière pour ses fameux châteaux romantiques… D’un point de vue plus architectural, les fans de Viollet-le-Duc ne peuvent manquer cette réinterprétation d’un château médiéval, à la mode romantique du XIXe siècle mais toutefois respectueuse de l’architecture du Moyen-Age.

On passe 1 h 30 à contempler gargouilles étranges et animaux fabuleux, dans une ambiance qui peut se révéler fantastique hors-saison en l’absence d’autres visiteurs. En fin de journée en octobre, j’étais quasiment seule…

Enfin les fans de lieux de tournage, comme les films Jeanne d’Arc de Besson ou Les Visiteurs II, et en particulier ceux de la série Merlin, feront à l’évidence le déplacement… 😉

Avec la visite de Pierrefonds, les fans de châteaux et de pièces magnifiquement meublées complèteront leur visite avec celle du palais de Compiègne tout proche (20 mn en voiture), où séjournait la Cour de Napoléon III. L’ambiance y est très différente avec son architecture classique et ses salons de style Empire, mais la visite est très intéressante d’autant qu’on est loin de la foule de Versailles.

One Response to Visite du château de Pierrefonds

  1. Miyu dit :

    Merci du partage. Ça a l’air vraiment sympa, un vrai château de conte de fée et en plus pas besoin de changer de pays 😊. Je vais faire lire l’article à mon chéri.

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